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Mer Noire

L’arche de Noé aurait échoué en mer Noire (et autres péripéties)

Pourquoi la Mer Noire s’appelle t-elle la Mer Noire? C’est un peu ce qu’ont cherché à découvrir deux géologues américains, suivis d’un explorateur, Bob BALLARD. Au-delà de son histoire, cette mer sombre renferme de nombreux autres secrets, menacés par la pollution et la navigtaion qui la sillonnent.

Il y a 7 000 ans : La Création de la Mer Noire et l’arche de Noé

Tout le monde connaît l’histoire biblique de Noé qui, ayant embarqué un couple de chaque espèce sur son arche, aurait sauvé les espèces de l’inondation provoquée par Dieu. On retrouve cette histoire plus ou moins similaire dans de nombreuses cultures comme le Babylonien Gilgamesh ou les grecs Deucalion et Pyrrhée.

Deux géologues de l’Université de Columbia, William RYAN and Walter PITMAN, ont cherché à expliquer cette brusque montée des eaux que l’on retrouve dans de si nombreux textes. Selon leur théorie, pendant l’ère glaciaire, la Mer Noire aurait été un lac d’eau douce entouré de cultures. Il y a 12 000 ans, lorsque les glaciers de l’hémisphère nord ont commencé à fondre, le niveau des eaux aurait conséquemment augmenté. Il y a 7 000 ans, la Mer Méditerranée aurait donc enflé à tel point que le niveau des eaux aurait submergé les terres et une partie se serait déversée dans la Mer Noire, créant par là même le détroit du Bosphore et inondant toutes les exploitations agricoles environnantes. Cette montée aurait été si brusque que le niveau des eaux augmentait de 15 cm environ par jour, se déversant avec 200 fois la force des chutes du Niagara.

Séduit par cette théorie et après n’avoir exploré rien moins que le Titanic, l’explorateur Bob BALLARD mena une expédition en 1998 afin de chercher les signes d’une éventuelle vie humaine sur les bords de la Mer Noire avant les inondations. En 1999, son équipe retrouva les traces d’un littoral ainsi que de coquillages et de mollusques provenant d’eaux douces et salées. Quelques années plus tard, ils découvrirent des parties d’un navire enfouis dans le fond de la Mer Noire. Celui de Noé ? Tout dépend de vos croyances…

La Mer Noire aujourd’hui (en bleu clair) et en 5600 avant JC (en bleu foncé) selon les hypothèses de Ryan et Pitman. Source: GNU Free Documentation License.

En 2004, le projet paneuropéen appelé « Noé » permit l’analyse des sédiments de la Mer Noire. Sa conclusion confirme les présupposés de RYAN et PITMAN. Cependant, de nombreuses autres théories vont également à leur encontre.

Pourquoi la Mer Noire s’appelle t-elle la mer Noire ?

C’est la question que nous avons posée à Ahmet KIDEYS lors de notre rendez-vous avec lui à la Commission de Protection de la Mer Noire contre la Pollution (The Commission on the Protection of the Black Sea Against Pollution ou Black Sea Commission – BSC).

En réalité, cette dénomination n’est pas due à la pollution qui s’y déverse, malgré les horreurs que nous avons pu observer en amont, à Budapest, Bucarest ou ailleurs. La Mer Noire est très profonde, bien plus que celle de Marmara. Alors que cette dernière a une profondeur maximum de 1 000m environ, la mer Noire plonge à certains endroits à plus de 2 000m, prenant une forme d’entonnoir comme dessinée ci-dessous. Cependant, seule la couche supérieure permet une vie biologique. En effet, la profondeur de la couche inférieure fait d’elle une Mer « morte » sans oxygène et donc sans vie possible. Vous vous rappelez ces horribles organismes invertébrés et bactéries que l’on voit toujours dans les documentaires, sans yeux ni forme, errant dans les profondeurs ? Les voilà, et nous avons pu les observer (version plastique) sur les étagères de la BSC lors de notre rendez-vous.

Cette couche inférieure est également beaucoup plus dense que la couche supérieure. Si l’on suit la théorie de RYAN et PITMAN, le soudain afflux d’eau salée au travers du Bosphore s’est retrouvé en dessous des eaux douces du lac, l’eau salée étant par définition bien plus dense que l’eau douce. La Mer Noire est la seule Mer au monde ayant une couche permanente sans oxygène. Dans les autres mers, cette couche est temporaire, variant en fonction du niveau des eaux.

Nous n’en aurons malheureusement pas l’occasion, mais il paraît que lorsque l’on prend un bateau pour aller de la Méditerranée à la Mer Noire, la différence de couleur est flagrante entre les deux. Au-delà de sa profondeur, cette différence est également due à la biodiversité du milieu. La couche supérieure de la Mer Noire est beaucoup plus vivante que la Mer Méditerranée : elle regorge de planctons, entre autres, qui lui donnent cette couleur sombre.

Les problèmes actuels : pollution et ballast.

L’un des principaux problèmes actuels de la Mer Noire est la pollution par le pétrole. Le nombre de bateaux qui transportent du pétrole par le Bosphore à destination des 6 pays côtiers (La Bulgarie, la Géorgie, la Roumanie, la Russie, la Turquie et l’Ukraine) est impressionnant. Depuis notre pied à terre à Istanbul, nous avons une vue directe sur la mer de Marmara et l’entrée dans le Bosphore. A cause de la force des courants, le gouvernement turc a imposé une alternance de passage des bateaux : approximativement 12h dans un sens et 12h dans l’autre. A longueur de journée, nous pouvons donc observer ces pétroliers de centaines de mètres de long patienter à quelques kilomètres de distance de la « Nouvelle Rome » et de ses minarets. (voir les photos correspondantes) Les accidents ont été nombreux, entraînant autant de marées noires et de dévastations sur leur passage. Le dernier en date a eu lieu en novembre 2007 dans le Détroit de Kertch, entre la mer D’Azov et la Mer Noire, déversant pas moins de 6.800 tonnes de soufre et 1.300 tonnes de mazout dans les eaux.

Le deuxième problème est également lié au transport, mais cette fois au niveau de la technique : c’est le ballastage. Les ballasts sont des réservoirs d’eau situés dans les cales des bateaux permettant de maintenir leur équilibre et leur immersion. Nous en entendons plus souvent parler pour les voiliers que pour les cargos, comme ça a été le cas pour l’équipe de Brian Thompson pendant le Vendée Globe il ya quelques jours, qui a connu une fuite dans ses ballasts avant. Cependant, les gros volumes ne sont pas en reste. En effet, lorsqu’un navire charge et décharge sa cargaison, ou lorsqu’il consomme du carburant, son poids change en conséquence. Afin de compenser cette variation, il pompe de l’eau de mer par le fonds de sa coque qui est ensuite stockée dans des réservoirs prévus à cet effet. Jusque là, aucun problème. Mais cette eau, qui est souvent chargée et déchargée au port, peut également l’être en cours de route, dans une mer ou un canal. Or l’eau puisée à un endroit n’a pas du tout la même composition que celle située à l’endroit de destination et par cette intermédiaire, un grand nombre d’organismes sont transportés et se développent dans des endroits où ils ne devraient pas, bouleversant l’écosystème originel. La Mer Noire et le Bosphore étant des autoroutes de navigation, ce problème y est donc amplifié.

Depuis quelques années, des organismes comme le Comité de la protection du milieu marin (CPMM) ou l’Organisation maritime internationale (OMI) essaient de définir une réglementation internationale sur le ballastage. L’OMI a ainsi adopté en février 2004 la Convention internationale pour le contrôle et la gestion des eaux de ballast et des sédiments des navires (« International Convention for the Control and Management of Ships’ Ballast Water and Sediments »http://www.imo.org/) destinée à « prévoir, minimiser et en dernier lieu éliminer le transfert d’organismes aquatiques et de pathogènes nuisibles grâce au contrôle et à la gestion eaux de ballast et des sédiments des navires ». En France, cette convention a fait l’objet d’un projet de loi présenté au début de l’année en Conseil des Ministres en vue d’une future adoption.

Voilà, en espérant avoir éclairé un peu vos chandelles, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter un Joyeux Noël et une Bonne Année 2009 ! Notre deuxième newsletter sera diffusée après les fêtes de fin d’année, résumant tout ce que nous avons appris sur le Danube, avec photos et vidéos à l’appui, alors ne la manquez pas ! Nous enchaînerons ensuite directement sur le Tigre et l’Euphrate, qui a déjà commencé pour nous puisque nous fêtons Noël à Istanbul. Et n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires, remarques, fleurs ou jets de pierre, cela nous permettra de nous améliorer. A bientôt !

E2E

Pour en lire plus:

« Noah’s Flood » by Walter Pitman and William Ryan


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